Je suis intimement convaincu que nous choisissons notre temps. Nous ne venons pas sur Terre par hasard, mais à l'époque précise que notre âme a décidé de vivre et d'expérimenter.
Si j'en ai la certitude, c'est parce que je n'aurais pas pu ouvrir les yeux sur ce monde à un meilleur moment qu'en cette année 1970.
L'âge de l'insouciance
J'ai eu la chance de grandir au rythme du Club Dorothée, de Goldorak et des éclats de rire de la troupe du Splendide. C'était la génération Goldman et Queen. Au cinéma, nous découvrions le premier Superman ou L'Avare avec De Funès — un événement que personne à l'école n'aurait manqué. C'était le temps des après-midis entières passées avec les copains, entre pique-niques, bêtises innocentes et tours en motocross.
La France affichait alors fièrement ses réussites : le TGV, le Concorde, sa souveraineté. On payait en francs, nous avions une monnaie, et l'équipe de France de football reflétait la réalité de l'époque.
L'âge des pionniers
À l'âge adulte, j'ai vécu de l'intérieur l'arrivée d'Internet, la naissance de Linux et l'effervescence des premiers data-centers — avec leurs câbles qui traînaient encore par terre. Nous avions tout à construire ; j'ai eu le privilège d'inventer mon propre métier.
Le choc du retour
Puis est venu le temps de l'expatriation. À mon retour, le choc a été brutal : je n'ai pas reconnu mon pays. J'en ai pleuré, et j'en pleure encore aujourd'hui.
J'ai vu l'Union Européenne grignoter notre souveraineté. J'ai vu une génération de boomers sacrifier le destin des générations suivantes pour protéger son propre confort. En étant né assez tôt, j'ai eu le privilège de connaître la grandeur, ce qui me permet aujourd'hui d'en mesurer la décadence. Désormais, mon seul espoir est que mon fils trouve la force de s'adapter à cette nouvelle époque.
Malgré le déchirement de ce constat, je reste profondément heureux d'être né en 1970. J'ai choisi mon temps, et je suis fier d'avoir connu cette vie.

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