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François Ruffin nous pose une question

 

« Qu'est-ce qu'on fait des immenses capitaux dans notre pays ? » Voilà une question cruciale qui mérite une vraie réponse.

Regardons les faits : la France n'a créé aucun grand fleuron industriel mondial depuis des décennies, alors même que nous avons traversé les révolutions d'Internet et de la mondialisation. À titre de comparaison, la majorité des géants technologiques du NASDAQ ont moins de 40 ans. Chez nous, le CAC 40 est un club de seniors. Investir à tout prix dans les PME françaises en espérant y trouver le prochain géant mondial, c’est un peu se tirer une balle dans le pied : le marché français ressemble à sa démographie, il est vieillissant et étouffe sa jeunesse.

Comment expliquer ce surplace ?

En réalité, les fleurons du CAC 40 n'ont plus grand-chose de purement français. Comprenez-moi bien : Air Liquide, TotalEnergies, LVMH ou Michelin sont françaises par leur histoire, leurs racines et leur siège social. Mais sur le plan opérationnel, elles réalisent l’immense majorité de leur chiffre d'affaires et de leur production à l'international.

Prenez Michelin : quand le groupe restructure ses usines en France parce que produire dans l'Hexagone perd en compétitivité, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur le papier, la marque est tricolore ; dans les faits, la France ne représente plus que 10 % de son business. Avec 90 % de sa production et de ses ventes hors de nos frontières, on ne parle plus d'exportation, mais d'une multinationale globalisée dont la nationalité est devenue presque administrative.

Les coupables ? Ils sont connus. Il y a d'abord le coût du travail, alourdi par des charges sociales qui étouffent les marges. Viennent ensuite l'inquisition fiscale et le zèle de l'URSSAF, qui traitent parfois les entrepreneurs en suspects idéaux. Ajoutez à cela une instabilité législative chronique — avec des règles fiscales mouvantes et parfois rétroactives — et vous obtenez un repoussoir à investissements. Enfin, la fuite des cerveaux achève de vider le réservoir : pourquoi un ingénieur brillant resterait-il en France pour un salaire net médian de 35 000 € quand la Silicon Valley lui tend les bras à 150 000 $ ?

Alors, faites ce que vous voulez de vos capitaux. Mais pour ma part, ils n’iront pas financer le déclin des PME françaises.

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