Je vois de nombreux militants défendre Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise comme de farouches défenseurs des libertés — individuelles, publiques et collectives. Leur programme met d’ailleurs explicitement en avant cette thématique. Pourtant, cette défense des libertés semble s’arrêter brutalement lorsqu’il s’agit des « ennemis de la liberté ». Le cas Dieudonné est emblématique de cette contradiction. Qu’on apprécie ou non cet humoriste, qu’on partage ou non ses provocations, il n’a jamais été condamné pour des violences physiques, des agressions sexuelles ou des crimes de sang. Ses détracteurs lui reprochent principalement des propos jugés antisémites, tandis que ses défenseurs y voient avant tout une critique virulente et iconoclaste de la politique israélienne et du sionisme, bien plus que du judaïsme en tant que tel. Or, sur ce sujet, La France Insoumise n’a pas plaidé en faveur de la liberté d’expression. En 2014, Jean-Luc Mélenchon s’est dit « déçu » par la décision d’un tribunal administratif autorisant l’un de ses spectacles, regrettant qu’il puisse se produire. Autrement dit, il ne s’est pas contenté de désapprouver le contenu : il a implicitement souhaité que cet humoriste soit privé de sa liberté de travailler sur scène. Cette position n’est pas isolée au sein du mouvement. La députée Danièle Obono a qualifié Dieudonné d’« ennemi », le décrivant comme « raciste et antisémite ». Alexis Corbière l’a quant à lui traité de « salopard antisémite » en direct à la télévision. Ces déclarations illustrent une ligne claire : pour LFI, Dieudonné relève moins du débat d’idées que de la catégorie des ennemis à combattre. On pourrait pourtant noter des convergences de surface entre certaines critiques de Dieudonné sur Israël et des positions portées par une partie de la gauche radicale, y compris LFI. Mais le parti trace une frontière nette et refuse toute association. Au-delà de ce cas, la question se pose plus largement : quel espace La France Insoumise laisserait-elle à une opposition d’extrême droite si elle arrivait au pouvoir ? On sait déjà que le parti a réclamé à plusieurs reprises la dissolution d’associations identitaires. Dans les années 1990, Jean-Luc Mélenchon appelait même à interdire le Front National. Aujourd’hui, LFI ne demande pas formellement la dissolution du Rassemblement National, mais le présente comme un parti raciste et dangereux qu’il faut empêcher d’accéder au pouvoir. La question reste donc posée : dans une France gouvernée par LFI, le RN et les mouvements identitaires bénéficieraient-ils d’une véritable liberté politique, ou se verraient-ils appliquer le vieux principe « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » ?
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